Sur un stand, on dispose rarement de plus de dix secondes et d'aucune documentation. Les réflexes qui suivent ne remplacent pas un expert : ils évitent les erreurs les plus fréquentes, celles qu'on se reproche une fois rentré.
1. Prendre l'objet en main
Le poids est le premier renseignement, et le plus difficile à falsifier. Une pièce en métal argenté pèse autrement qu'une pièce en argent massif ; un bois massif autrement qu'un placage sur aggloméré ; une porcelaine ancienne autrement qu'une réédition. On ne sait pas d'emblée ce qu'est le bon poids : on l'apprend en soupesant, brocante après brocante.
2. Écouter
Une assiette en porcelaine saine, tenue en équilibre sur un doigt et frappée de l'ongle, sonne clair et longtemps. Le même geste sur une pièce fêlée donne un bruit mat, qui s'arrête net. La fêlure peut être invisible et le son la trahit — c'est le test le plus rentable de cette liste, et il ne coûte rien.
3. Retourner
Le dessous en dit plus que le dessus. Marques, cachets, numéros de moule, signature : c'est là que se trouve ce qui permet d'identifier une pièce plus tard, chez soi, tranquillement.
Attention cependant : une marque ne prouve rien à elle seule. Les marques célèbres sont les plus copiées, et une réédition parfaitement honnête des années 1970 porte souvent le même cachet que l'originale du XIXe. La marque ouvre la recherche, elle ne la conclut pas.
4. Regarder l'usure
Un objet qui a vécu porte ses traces là où on l'a touché : le pied d'un verre, l'anse d'un pichet, l'assise d'une chaise, la tranche d'un livre. Une usure régulière, cohérente avec la façon dont on se sert de la chose, est plutôt bon signe.
Une usure uniforme, partout pareille, y compris là où personne ne pose jamais la main, est plus suspecte : elle a souvent été fabriquée. De même, un objet ancien absolument sans trace mérite une question — soit il a dormi cent ans dans une armoire, ce qui arrive, soit il est plus récent qu'il n'en a l'air.
5. Chercher les réparations
Passez le doigt sur les arêtes, regardez les jointures à contre-jour, cherchez les différences de brillance. Un recollage, une agrafe, un pied refait, une anse remplacée : rien de tout cela n'est rédhibitoire, et une belle réparation ancienne fait partie de l'histoire de l'objet. Mais tout cela se paie beaucoup moins cher, et c'est un argument légitime dans la discussion.
Et le plus important
Aucun de ces réflexes ne remplace la question posée au vendeur. D'où vient l'objet, depuis combien de temps il l'a, ce qu'il en sait. Les réponses valent souvent mieux que l'examen — et sur un vide-grenier, la plupart des gens sont sincères, tout simplement parce qu'ils ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils vendent.
Enfin, un principe qui a sauvé plus d'un chineur : n'achetez pas pour la valeur supposée, achetez pour l'objet. Une pièce qui vous plaît à dix euros est un bon achat même si elle n'en vaut pas vingt.