La première fois que je suis allé au marché de Noël de Strasbourg, j'ai fait tout ce qu'il ne faut pas faire. Un samedi de la mi-décembre, arrivé en voiture à 14 h, garé je ne sais plus où après trois quarts d'heure de tours, et de la place Kléber à la cathédrale, je n'ai vu que des bonnets. J'ai bu un vin chaud tiède debout contre un mur, j'ai acheté des bredele dans le premier chalet venu, et je suis rentré en me disant que c'était très beau, sans doute, mais que je n'avais rien vu.
Depuis, j'y retourne presque tous les ans, et je crois que j'ai compris comment ça marche. Ce qui suit n'est pas un guide exhaustif. C'est ce que je dirais à un ami qui part pour la première fois. La fiche du marché de Noël de Strasbourg donne les dates et la source ; moi, je vous donne le reste.
Les dates 2026
- Du vendredi 27 novembre au jeudi 24 décembre 2026. Le premier jour, les chalets n'ouvrent qu'à 14 h. Le dernier, ils ferment à 18 h.
- Tous les jours de 11 h à 21 h, week-end compris.
- Rien le 25 décembre, rien entre Noël et le jour de l'An. Les illuminations restent, les chalets non. Je le précise parce que je connais des gens qui ont fait le voyage pour rien.
- Entrée libre, évidemment.
Strasbourg aime rappeler que son marché est né en 1570. La Ville le présente comme l'un des plus anciens d'Europe et longtemps le seul de France ; je n'ai pas vérifié les archives, mais quatre siècles et demi, ça se sent dans la manière dont les Strasbourgeois en parlent. Pour eux, ce n'est pas une attraction. C'est décembre.
Venez un mardi
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Ville, dans sa foire aux questions : les moments calmes sont les matinées, les lundis et les mardis. Les moments à éviter : le mercredi après-midi, le vendredi soir, et le week-end tout entier. J'ai testé les deux. Un mardi matin de décembre, on marche à son rythme, on parle aux artisans, on choisit ses bredele en les regardant. Un samedi à 16 h, on est porté par la foule et on achète ce qui est à portée de main.
Si vous n'avez vraiment que le samedi, voici ma méthode : être devant les chalets à 11 h pile, faire les achats avant 13 h, puis disparaître dans la cathédrale ou dans un musée pendant que tout le monde arrive, et ressortir à la nuit tombée, vers 17 h 30, pour le Grand Sapin. Ça change tout.
Les huit marchés, dans l'ordre
« Le » marché de Noël de Strasbourg, ce sont en fait huit marchés sur huit places, tous dans la Grande Île, tous à pied. Voici mon parcours, de l'ouest vers l'est, qui finit sur la place Broglie à la nuit.
- La Petite France (places Benjamin-Zix et Saint-Thomas). Je commence là, le matin, parce que c'est le quartier le plus photographié de la ville et qu'il est encore vide à 11 h. Maisons de tanneurs, canaux, pont tournant. La Ville conseille le passage de l'écluse, à côté de la place Benjamin-Zix, pour la photo carte postale ; elle a raison.
- Les Irréductibles Petits Producteurs d'Alsace (square Louise-Weiss), à deux pas, et le Village de l'Avent à côté. On y vient pour le terroir, j'y reviens plus bas.
- Le marché de la cathédrale (place de la Cathédrale, place du Château, rue des Hallebardes, rue Gutenberg). On n'y achète pas grand-chose ; on lève la tête. Au Moyen Âge, c'est ici que se tenait le marché de la Saint-Nicolas, avec ses ciriers et ses marchands de pain d'épices.
- Le Carré d'Or (place du Temple-Neuf). Décorations, bijoux, bougies. Et surtout la rue des Orfèvres, à côté, dont les illuminations sont les plus spectaculaires du centre.
- Le Quai des Délices (terrasse Rohan et place du Marché-aux-Poissons). Le marché où l'on mange. J'y déjeune toujours.
- Le Grand Sapin (place Kléber) et le Village du Partage, tenu par des associations.
- Le Chrìstkìndelsmärik (place Broglie), le marché historique, installé là depuis 1871. C'est son nom en alsacien, « le marché de l'Enfant Jésus », et son arche lumineuse est la photo que tout le monde fait.
- Le marché OFF (place Grimmeissen). Le pas de côté. Des conteneurs maritimes et des dômes en guise de chalets, de la friperie, du vintage, du bio.
Les stands où je m'arrête toujours
C'est la question qu'on me pose le plus souvent, et c'est la plus difficile, parce que les exposants changent. Mais certaines adresses reviennent chaque année, et la Ville les met elle-même en avant. Les voici.
- Le fournil éphémère du Quai des Délices. Les boulangers du Bas-Rhin y cuisent leurs bredele sous vos yeux, sur la terrasse Rohan. C'est là que j'achète les miens, plus dans le premier chalet venu. Le mercredi, ils proposent une initiation à la fabrication des bredele, sur inscription : si vous venez en semaine avec des enfants, c'est le rendez-vous.
- Le chalet de la Tribu des Gourmets, au même endroit, pour un vin chaud au vin blanc d'Alsace. C'est le seul vin chaud que je bois à Strasbourg. Le chalet est ouvert sur la terrasse, décoré de tonneaux, et on y voit la « promenade aux étoiles » : près de 400 étoiles suspendues au-dessus des quais, du pont du Corbeau au pont Saint-Guillaume.
- Les Irréductibles Petits Producteurs d'Alsace, square Louise-Weiss. Du 100 % alsacien, et pas du folklore : confitures, jus de pomme chaud, chocolat, bredele, condiments, vins biodynamiques. C'est là que je fais mes cadeaux.
- La Soupe Étoilée, au Village du Partage, place Kléber. Des chefs étoilés d'Alsace imaginent chaque année des soupes pour le collectif d'associations Humanis, qui les vend au profit de ses actions. C'est la 14e édition. Un bol chaud, pour une bonne raison.
- Le Noël des Brocanteurs et le salon Oz, Noël des métiers d'art, tous deux à l'Aubette, place Kléber. Pour les lecteurs de ce site, c'est évidemment l'arrêt obligatoire : de la brocante et de l'artisanat d'art à l'abri, à deux pas du sapin.
- La boutique du Générateur, au marché OFF, pour les créateurs locaux, et les ateliers d'upcycling. Le marché OFF fête ses dix ans cette année ; c'est aussi là que se trouve une « Safe Zone », un espace calme pour les personnes qui ont besoin de souffler, et un espace parents-nourrissons.
Le Grand Sapin de la place Kléber
Il fait trente mètres, place Kléber, et cette année il porte quatre symboles : la bougie, la maisonnette alsacienne, la colombe et le cœur en kelsch, ce tissu à carreaux rouges et blancs des cuisines alsaciennes. La Ville insiste sur sa fabrication, en réemploi de matériaux et avec des ateliers d'insertion ; moi, ce que je retiens, c'est l'horaire. Toutes les heures, de 16 h à 21 h, le sapin s'éveille en lumière et en musique, du 27 novembre au 5 janvier. Entre 22 h et minuit, lumière seule. Placez-vous dix minutes avant l'heure pleine.
Dans le même esprit, la cour de l'Hôtel de Ville accueille une couronne de l'Avent géante, et si vous aimez marcher la nuit, la Ville organise la « ronde du veilleur de nuit », une promenade guidée sur l'histoire de Strasbourg et des traditions de Noël, au départ de la place du Château.
Manger sans faire la queue
Tartes flambées, bretzels, pain d'épices, foie gras, salaisons, vins d'Alsace, et les bredele, ces petits gâteaux qu'on achète au poids et dont chaque famille a sa recette. Mon seul conseil, mais je le répète à tout le monde : déjeunez à 11 h 30 ou après 14 h. Entre les deux, les files devant les chalets de restauration sont telles que le vin chaud refroidit avant qu'on trouve un coin de table.
Le gobelet, maintenant, parce que ça surprend les nouveaux venus : chaque boisson est servie dans un gobelet consigné à 1 €. On le rend dans n'importe quel chalet qui vend des boissons, ou on le dépose dans une borne solidaire, auquel cas l'euro va à une association strasbourgeoise. Je les dépose toujours dans la borne. Un euro, c'est le prix d'un souvenir qui ne prend pas de place.
Venir et se garer
Strasbourg a organisé son marché pour les piétons et contre les voitures, et il faut l'accepter. Le centre est piéton aux heures d'ouverture, avec des contrôles aux entrées des ponts.
- Le parking relais, 4,20 € la journée, tram aller-retour compris pour tous les occupants de la voiture. C'est la seule bonne solution en voiture. Les parkings du centre sont pleins dès le matin le week-end.
- Le train, sinon : la gare est à dix minutes à pied, et les trams A, C, D et F desservent les places.
- Vélos et trottinettes sont interdits sur les places pendant les horaires d'ouverture ; on les tient à la main. Il y a des parkings à vélos près des ponts.
- De l'argent liquide. La plupart des chalets prennent la carte, mais les distributeurs du centre sont pris d'assaut, et j'ai déjà vu des terminaux en panne un samedi soir.
- Pas de consigne à bagages sur le marché : celle de la gare.
- Avec un bébé : un espace bébé chauffé, gratuit, pour le change et les repas.
- Avec un chien : admis en laisse, mais franchement déconseillé le week-end, pour lui.
- En fauteuil : fauteuils roulants et déambulateurs prêtés gratuitement au chalet info de la place Kléber, sur présentation d'une pièce d'identité ; toilettes publiques gratuites tout le long du parcours.
Un jour de plus ? Toute l'Alsace est à côté
C'est ce qui rend Strasbourg unique à mes yeux : aucune autre ville de marché de Noël n'a, à une heure de train, autant d'autres marchés de Noël. Les dates 2026, telles qu'elles sont annoncées aujourd'hui :
- Colmar, du 23 novembre au 29 décembre : six marchés, dont cinq dans le centre (place des Dominicains, place Jeanne-d'Arc, Koïfhus, Petite Venise, place de l'Ancienne Douane), ouverts de 11 h à 19 h du lundi au jeudi et de 10 h à 20 h du vendredi au dimanche. Le sixième, le marché gourmand de la Montagne Verte, est tenu par neuf chefs maîtres restaurateurs, ouvre jusqu'à 22 h, et reste en place avec la grande roue jusqu'au 3 janvier.
- Riquewihr, du 27 novembre au 20 décembre : les échoppes dans le centre historique de la cité viticole, l'un des Plus Beaux Villages de France. Les week-ends, un parking relais « Perles de Noël » à Hunawihr, 10 € par véhicule, navette comprise.
- Eguisheim, du 27 novembre au 30 décembre, avec une pause du 24 au 26 : une trentaine d'artisans dans les ruelles concentriques, de la musique jusque sur les remparts.
- Obernai, du 27 novembre au 31 décembre : 45 maisonnettes sur cinq places, un vidéo-mapping sur l'hôtel de ville à 18 h et 19 h du 1er au 24 décembre, un petit train du mercredi au dimanche.
- Sélestat, du 20 novembre au 27 décembre, au pied de la Bibliothèque humaniste.
- Mulhouse, du 20 novembre au 27 décembre, avec son « étoffe de Noël », un tissu dessiné chaque année et vendu en objets à la Boutique aux Étoffes.
- Ribeauvillé, les 5, 6, 12 et 13 décembre seulement : un marché médiéval, centre fermé aux voitures, navettes.
- Haguenau (chalets jusqu'au 30 décembre, un carrousel 1900, et les dampfnudeln, la brioche vapeur du nord de l'Alsace) et Saverne (dix chalets, une patinoire synthétique, jusqu'au 3 janvier), pour l'Alsace du Nord.
Si vous voulez enchaîner tout ça sans courir, j'ai écrit un itinéraire d'une semaine, jour par jour.
Dans mon sac
- Des chaussures dans lesquelles on peut marcher six heures sur des pavés mouillés.
- Des couches de vêtements, des gants, un bonnet : à 17 h, la température tombe d'un coup.
- Un sac à dos plutôt qu'un sac à main, pour avoir les mains libres pour le gobelet.
- Un parapluie, et le nom d'un musée pour les jours de pluie.
- Un coup d'œil à la fiche du marché la veille : la Ville ajuste les horaires au fil de la saison.
Les dates et les horaires des marchés de Noël sont publiés par les villes et peuvent évoluer. Avant de faire la route, consultez la fiche de l'événement sur brocantes-et-marches.fr : elle précise la date annoncée, la source et le degré de fiabilité de l'information.
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