Par Antoine Marchand
Chaque automne, vers la fin octobre, les palmarès des « plus beaux marchés de Noël de France » refleurissent sur internet, et je les lis tous, avec un mélange d'agacement et de curiosité. Agacement, parce qu'ils se recopient d'une année sur l'autre, avec des nombres de chalets qui n'ont pas bougé depuis 2019 et des dates déjà fausses. Curiosité, parce que je cherche toujours le marché que je ne connais pas encore. Il y en a rarement.
Alors j'ai fait le mien, et il a une particularité : je n'y mets que des marchés où je suis allé, ou dont j'ai vérifié chaque information auprès de la ville ou de l'organisateur. Pas de « plus grand d'Europe » sans source, pas de chiffre recopié. Mes critères sont simples. Le décor d'abord, parce qu'un marché de Noël est à moitié fait par la place qui l'accueille. La qualité de ce qu'on y vend, des artisans et des producteurs plutôt que des revendeurs. La durée et les horaires, parce qu'un marché qui ferme à 19 h n'est pas un marché de soirée. Et ce petit quelque chose qu'on ne trouve que là. Les dates sont celles annoncées pour 2026 au moment où j'écris ; chaque fiche dit ce qui reste à confirmer.
1. Strasbourg
Du 27 novembre au 24 décembre 2026, de 11 h à 21 h. Huit marchés dans la Grande Île, du Grand Sapin de la place Kléber au Chrìstkìndelsmärik de la place Broglie, que la Ville présente comme né en 1570 et l'un des plus anciens d'Europe. Je suis né là-bas et je sais que je ne suis pas objectif, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui en revienne déçu. Les colombages de la Petite France, les bredele des boulangers au Quai des Délices, le marché OFF et ses conteneurs, la rue des Orfèvres sous ses lumières : tout est là, et tout le monde aussi, ce qui est le seul vrai défaut. Venez un mardi. La fiche de Strasbourg, et mes conseils pour en profiter sans faire la queue.
Mon rituel n'a pas changé depuis vingt ans : j'arrive par la gare, je traverse la Petite France pendant qu'elle est encore vide, je m'arrête au square Louise-Weiss pour le jus de pomme chaud des petits producteurs, et je finis place Broglie à la nuit, sous l'arche. La dernière fois, ma fille a voulu rester un quart d'heure devant le fournil des boulangers, le nez contre la vitre, à regarder les bredele sortir du four. Nous sommes repartis avec trois sachets et de la cannelle plein le manteau.
2. Colmar
Du 23 novembre au 29 décembre 2026, de 11 h à 19 h du lundi au jeudi et de 10 h à 20 h du vendredi au dimanche. Cinq marchés dans le centre, la place des Dominicains sous les vitraux éclairés de l'église, la place Jeanne-d'Arc et son village de terroir, le Koïfhus, l'Ancienne Douane, la Petite Venise réservée aux enfants. Et un sixième, le marché gourmand de la Montagne Verte, tenu par neuf chefs maîtres restaurateurs jusqu'à 22 h, qui reste ouvert jusqu'au 3 janvier avec la grande roue. Colmar est plus petite que Strasbourg et encore plus photogénique. Je garde toujours la Petite Venise pour la nuit tombée, pour les reflets des guirlandes sur le canal ; ce sont les dix minutes que je préfère de tout décembre.
Je m'y suis aussi fait avoir, une fois : un dimanche de la mi-décembre, arrivé à 14 h en voiture, trois quarts d'heure pour trouver une place, et des allées où l'on avançait de côté. Depuis, Colmar se fait un vendredi, en navette depuis la gare, et je dîne au marché gourmand, à une table en bois, avec une assiette d'un chef que je n'aurais jamais les moyens de me payer au restaurant. C'est devenu mon dîner de décembre.
3. Montbéliard
Du 21 novembre au 24 décembre 2026. Autour du temple Saint-Martin, dans le centre historique, environ 150 artisans et producteurs français en chalets, ouverts jusqu'à 20 h en semaine et 21 h le vendredi et le samedi, avec une allée gourmande sur le cours Sponeck qui ferme une heure plus tard. J'y suis allé la première fois par curiosité, parce qu'un collègue de Besançon m'en parlait comme d'un secret, et j'en suis reparti avec la conviction que c'est le marché le plus injustement classé de France. Pas de revendeurs, des artisans qui expliquent leur travail, une ville entière qui s'illumine, des arches de lumière dans chaque rue. Si vous n'y êtes jamais allé, c'est le voyage à faire cette année.
Je me souviens d'un chalet de couteliers, en face du temple, où un homme d'une soixantaine d'années m'a expliqué pendant dix minutes la trempe d'une lame sans jamais essayer de me vendre quoi que ce soit. Je lui ai acheté un couteau de cuisine que j'ai encore. C'est ça, Montbéliard : on y vient pour les lumières, on y revient pour les gens derrière les comptoirs. La fiche de Montbéliard.
4. Metz
Du 20 novembre au 30 décembre 2026. Environ 130 chalets répartis sur cinq places, des arcades de la place Saint-Louis à la place de la Comédie au bord du plan d'eau, ouverts jusqu'à 21 h, 22 h le week-end, et jusqu'à 23 h place de la Comédie. Une grande roue, une tour panoramique de 81 mètres, et le Sentier des Lanternes, que les enfants réclament d'une année sur l'autre. Metz se visite comme une promenade, de place en place, et c'est le plus long parcours de cette liste : prévoyez la journée, finissez par la Comédie à la nuit.
J'y vais avec mes neveux depuis qu'ils ont l'âge de marcher, et la négociation est toujours la même : le Sentier des Lanternes d'abord, ou la grande roue ? Ils gagnent, c'est le Sentier. Moi, ce que j'attends, c'est la place Saint-Louis, avec ses arcades et ses chalets serrés dessous, quand la nuit tombe vers 17 h et que les pierres jaunes de Jaumont prennent la lumière. Je n'ai jamais réussi à la photographier correctement. La fiche de Metz.
5. Kaysersberg
Les quatre week-ends de l'Avent, du 27 novembre au 20 décembre 2026, du vendredi au dimanche de 10 h à 20 h. Un marché d'artisans, dans la cour de l'Arsenal et derrière l'église Sainte-Croix, avec un cahier des charges strict pour les exposants, venus de toute la France. Trois jours par semaine seulement, dans un village de carte postale, ce qui en fait aussi le plus fréquenté au mètre carré de toute l'Alsace. Je n'y vais que le vendredi, et j'y achète chaque année la même chose : des décorations en bois pour le sapin, chez le même tourneur. Il m'a reconnu l'an dernier, et c'est peut-être pour ça que je continue d'y aller : à Kaysersberg, on finit par connaître les exposants, parce qu'ils sont choisis, et qu'ils reviennent. Mon seul conseil, si vous y allez un samedi : garez-vous à Kientzheim et marchez, c'est un quart d'heure entre les vignes, et vous arriverez avant ceux qui tournent dans le village. La fiche de Kaysersberg.
6. Reims
Du 25 novembre au 27 décembre 2026, de 11 h 30 à 21 h en semaine, jusqu'à 22 h du jeudi au samedi, fermé le 25. Les chalets descendent des hautes promenades Jean-Louis Schneiter jusqu'à l'esplanade de la porte de Mars, avec une extension vers la gare, l'atelier du Père Noël et un petit train gratuit. Reims a pour elle la cathédrale, le champagne, et une heure quarante-cinq de train depuis Paris : c'est le grand marché de Noël le plus simple à faire en une journée depuis la capitale, et je le fais presque chaque année avec un ami qui ne jure que par les bulles. Le programme ne varie pas : train de 10 h, cathédrale, déjeuner, puis le marché en descendant des hautes promenades jusqu'à la porte de Mars quand la lumière baisse, et une coupe debout devant un chalet avant le train du retour. Un an, il neigeait, et la porte de Mars derrière les chalets ressemblait à un décor de théâtre. Nous avons raté le train. La fiche de Reims.
7. Lille
Du 18 novembre au 30 décembre 2026, de 11 h à 20 h 30, jusqu'à 22 h le vendredi et le samedi. Près de 90 chalets place Rihour, au pied du palais des ducs de Bourgogne, et à deux pas la Grand'Place avec sa grande roue et le beffroi de la Chambre de commerce. L'un des premiers à ouvrir, et le seul d'où l'on peut enchaîner Bruxelles, Gand ou Bruges dans la même journée. On me reproche parfois de le classer si haut pour un marché de 90 chalets ; je réponds que la Grand'Place un soir de décembre, avec la roue qui tourne au-dessus de la Vieille Bourse, vaut bien des marchés de 200. J'ai une amie lilloise qui refuse d'y mettre les pieds avant le premier vendredi de décembre, « quand les étudiants sont rentrés chez eux et que les Belges sont encore chez eux ». Je l'ai suivie une fois, un vendredi à 18 h : elle avait raison, on circulait entre les chalets, et le vin chaud du stand près de la fontaine était encore brûlant quand nous sommes arrivés en haut de la roue. La fiche de Lille.
8. Amiens
Du 20 novembre au 30 décembre 2026, de 11 h à 19 h 30, jusqu'à 21 h le vendredi et le samedi. Plus de cent chalets de la place René-Goblet à l'hôtel de ville, un village du Père Noël, une patinoire en plein air et la Promenade des Sorciers place Gambetta. Amiens est souvent présenté comme le plus grand marché du nord de la France ; ce que je peux garantir, c'est qu'il est le mieux organisé que je connaisse, avec quatre parkings relais gratuits aux entrées de l'agglomération et des bus gratuits le samedi. Je l'ai découvert tard, à quarante ans passés, un peu par snobisme d'Alsacien, et j'ai eu tort : le parcours est long, varié, et la cathédrale, la plus vaste de France, surgit au bout de la rue au moment où l'on ne l'attend plus. Mes enfants ont surtout retenu la patinoire et la Promenade des Sorciers, avec ses figures qui bougent dans les arbres ; moi, le pâté de canard d'un producteur de la Somme que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. La fiche d'Amiens.
9. Arras
Du 27 novembre au 27 décembre 2026, de 12 h à 21 h, jusqu'à 22 h 30 le vendredi et le samedi. La Ville prévoit jusqu'à 155 emplacements sur trois places, dont 90 à 110 sur la Grand'Place, et un sapin géant place des Héros. Les deux places d'Arras, avec leurs façades baroques flamandes, forment le plus beau décor de marché de Noël au nord de la Loire, et j'ai longtemps hésité à la mettre plus haut. Ce qui la retient : le marché lui-même, correct, n'est pas à la hauteur de la place. Mais je reviens, chaque année ou presque, pour un moment précis : la Grand'Place vers 17 h 30, quand les façades s'allument l'une après l'autre et que la place entière, avec ses pignons en escalier, se met à ressembler à une boîte de bonbons ouverte. J'ai emmené là une amie belge persuadée que rien ne valait Bruges ; elle est restée silencieuse une bonne minute, ce qui, chez elle, est un compliment considérable. La fiche d'Arras.
10. Annecy
Du 26 novembre 2026 au 3 janvier 2027. Près de 200 chalets annoncés sur trois secteurs, le centre historique, les quais et les Jardins de l'Europe, ouverts jusqu'à 21 h, 21 h 30 ou 22 h selon le secteur et le jour. Les canaux, le lac, les Alpes au fond, et un marché qui dure jusqu'après le Nouvel An. Je l'ai découvert un 2 janvier, sous la neige, alors que tout le reste de la France avait remballé ; je n'ai pas oublié. Nous étions montés pour skier, le temps était bouché, nous sommes redescendus en ville par dépit, et nous avons passé la soirée entre les chalets des quais, les pieds trempés, à manger des diots et des beignets de pommes de terre, avec les montagnes qui apparaissaient par moments entre deux nuages. Depuis, je dis à tout le monde qu'Annecy est le marché de Noël du Nouvel An, celui qu'on fait quand les autres ont fermé. La fiche d'Annecy.
11. Mulhouse
Du 20 novembre au 27 décembre 2026, de 11 h à 20 h en semaine et de 10 h à 21 h du vendredi au dimanche. Autour de la place de la Réunion, Mulhouse a une idée que personne d'autre n'a eue : chaque année, un tissu inédit, l'étoffe de Noël, habille la ville et se décline en objets à la Boutique aux Étoffes. J'en ai une nappe de 2019 que je ressors chaque décembre. C'est le marché le moins touristique d'Alsace, donc le plus tranquille, et c'est précisément pour ça que les Alsaciens y vont. Ma grand-mère, qui était de Mulhouse, disait que les Strasbourgeois avaient le plus grand marché et les Mulhousiens le meilleur goût ; elle n'était pas objective non plus. Je lui donne raison sur un point : on y trouve, sur la place de la Réunion, des créateurs textiles qu'on ne voit nulle part ailleurs, dans une ville qui a été la capitale de l'impression sur étoffes et qui s'en souvient. La fiche de Mulhouse.
12. Carcassonne
Du 2 décembre 2026 au 2 janvier 2027, tous les jours de 11 h à 22 h 30, fermé le 25 décembre et le 1er janvier. Les chalets occupent les places de la Bastide Saint-Louis, place Carnot, place Général-de-Gaulle, square André-Chénier, dans le cadre de la Magie de Noël, avec la Cité qui veille au-dessus. Le seul grand marché du Sud-Ouest de ce classement, et celui qui ferme le plus tard chaque soir. Je l'ai fait une fois en décembre, un soir doux où l'on se promenait sans gants, ce qui m'a paru une hérésie à moi qui associe les marchés de Noël aux doigts gelés. Et puis j'ai levé les yeux : la Cité éclairée au-dessus des chalets de la place Carnot, et j'ai compris que le Sud avait ses propres arguments. On y mange du cassoulet au chalet, ce qui ne se fait nulle part ailleurs sur cette liste, et ce qui, à 22 h, se défend. La fiche de Carcassonne.
Ceux que j'ai laissés à la porte
- Paris. Pas un marché mais des dizaines : les Tuileries dès le 14 novembre, le retour des Champs-Élysées le 22, Notre-Dame pour l'artisanat. J'ai écrit un guide complet de Paris et de l'Île-de-France.
- Riquewihr, Eguisheim, Obernai. Les villages alsaciens, chacun un bijou ; je les ai mis dans un itinéraire d'une semaine plutôt que dans un classement, parce qu'on ne les fait jamais seuls.
- Lyon, place Carnot, du 20 novembre au 24 décembre : une centaine de chalets d'artisans et de producteurs, une allée consacrée à l'artisanat. Un bon marché de ville ; la Fête des lumières, c'est autre chose.
- Montpellier, du 27 novembre au 30 décembre sur la promenade royale du Peyrou : quatre éditions seulement, mais la Ville annonce plus de 500 000 visiteurs l'an dernier. Je n'y suis pas encore allé ; c'est mon projet de cet hiver.
- Nantes, places Royale et du Commerce du 19 novembre au 27 décembre ; Rouen, une cinquantaine de chalets sur le parvis de la cathédrale, avec des exposants choisis sur l'origine de leurs produits ; Béthune, au pied du beffroi, du 27 novembre au 27 décembre ; Aix-en-Provence, sur le cours Mirabeau dès le 13 novembre ; Nice, au jardin Albert-Ier jusqu'au 3 janvier ; Bordeaux, place des Quinconces ; Toulouse, place du Capitole du 26 novembre au 27 décembre.
Et de l'autre côté de la frontière
Si la question des plus beaux d'Europe vous tente, nos voisins belges ouvrent plus tard le soir et plus tard dans la saison. Bruxelles, Bruges, Liège et Gand sont dans mon classement des marchés de Noël de Belgique. Et pour l'Alsace entière en sept jours, l'itinéraire est ici.
Les dates et les horaires des marchés de Noël sont publiés par les villes et les organisateurs, et peuvent évoluer. Avant de faire la route, consultez la fiche de l'événement sur brocantes-et-marches.fr : elle précise la date annoncée, la source et le degré de fiabilité de l'information.
Photo : Thomas Bresson, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons